La trampa de lo gratis { Le piège du gratuit }

La trampa de lo gratis { Le piège du gratuit }

 

{ En français ci-dessous }

Últimamente, motivados por estos terribles días de pandemia y confinamiento, estamos viendo como salas de conciertos, teatros, óperas, museos de todo el mundo… abren sus puertas virtuales gratuitamente para entretener a un público conectado que está  encerrado en casa.

Aplaudo esta iniciativa y la comparto cuando proviene de instituciones y salas que disponen del lujo de poder permitírselo desde un punto de vista económico.

Sin embargo, quisiera que esta alternativa no veniera a confundir conceptos que ya estaban sufriendo de cierta incomprensión.  

Me explico.

Cuando hablamos del mundo del arte, de la cultura en general, raramente imaginamos a los artistas creando, es decir, trabajando. Es complicado. El hecho de que ahora se esté ofreciendo gratuitamente un visionado virtual de algunos de los contenidos artísticos y culturales no implica que la cultura lo sea, al menos no para todos los bolsillos.

El germen de la creación nace de los artistas, sea cual sea la disciplina. Alguien que generalmente, ha realizado unos estudios previos y quien, una vez profesionalizado genera una cantidad de gastos necesarios para producir su obra. En el caso de la pintura, por hablar de aquello que conozco más de cerca, financiamos personalmente el tesoro de los materiales (pues los pagamos a precio de tal), el alquiler del espacio de trabajo, el transporte de la obra, la página web, los porcentajes a las galerías de arte por cada venta realizada en ellas y los impuestos al Estado, por mencionar los más destacados.

Del dinero restante, si es que queda algo, vivimos.

Por eso, urge precisar: producir la cultura no es gratuito.

Sobradamente conocida es la conciencia popular que fantasea sobre la vida de los artistas, mucho daño ha hecho el mito de Vincent van Gogh y las vidas de bohemia. En esas fábulas, el artista es desconectado del humano, ese que vive en la sociedad sujeto a las mismas leyes, a los mismos impuestos y a las mismas necesidades básicas.

Gratis es una palabra inexacta, pues no define con certeza la situación.

Gratis, eso sí, es como trabajamos la mayoría de las veces.

Nuestro trabajo, en el caso de los artistas plásticos, es remunerado solamente a través de la venta de nuestra obra. Ninguna de las horas previas, días, meses, años que hemos invertido en nuestro aprendizaje y en el desarrollo de nuestra técnica y proyectos contabilizan, como tampoco lo hacen las exposiciones, las ferias, los festivales… cuya participación en muchas de ellas es posible únicamente a golpe de talonario.

Sin venta, no hay ganancia.

Nuestra situación es cotidianamente precaria, como para muchos otros sectores, no es una queja, es una realidad.

Todo el mundo desea un acceso gratuito a la cultura, abierta a todos. Pero ¿quién remunera a los artistas? ¿De qué vivimos?

Esta crisis sanitaria nos deja en una situación de alerta vital, más allá de la precariedad.

Es momento de repensar el lugar del arte y los artistas, del mismo modo que es momento de empezar a repensar el sistema de vida que nos hemos inventado y en el que no prestamos atención más que al ombligo de nuestros ombligos.

**

Dernièrement, motivés par ces terribles jours de pandémie et de confinement, nous voyons des salles de concert, théâtres, opéras, musées du monde entier … ouvrir gratuitement leurs portes virtuelles pour divertir un public connecté qui est enfermé à la maison.

J’applaudis cette initiative et je la partage quand elle vient d’institutions et de salles qui ont le luxe de pouvoir se le permettre d’un point de vue économique.

Cependant, je voudrais que cette alternative ne confonde pas des concepts qui souffraient déjà d’une certaine incompréhension.

Je m’explique.

Quand on parle du monde de l’art, de la culture en général, on imagine rarement les artistes en train de créer, c’est-à-dire en train de travailler. C’est compliqué. Le fait qu’une visualisation virtuelle d’une partie du contenu artistique et culturel soit maintenant offerte gratuitement, n’implique pas que la culture le soit, du moins pas pour tous les portefeuilles.

Le germe de la création vient des artistes, quelle que soit la discipline. Un artiste, c’est quelqu’un qui a généralement fait des études, qui a travailler pour apprendre son art et qui, une fois devenu professionnel engendre un certain nombre de dépenses nécessaires à la réalisation de son œuvre. Dans le cas de la peinture, pour parler de ce que je connais de plus près, nous finançons personnellement le trésor des matériaux (c’est un trésor vu le prix que nous les payons), la location de l’espace de travail, le transport de l’œuvre, le site internet , les pourcentages aux galeries d’art pour chaque vente qui y est faite, et les taxes d’État, pour ne citer que les plus importantes.

De l’argent restant, s’il reste quelque chose, nous vivons.

Il est donc urgent de préciser : la production de la culture n’est pas gratuite.

La conscience populaire fantasme la vie des artistes, le mythe de Vincent van Gogh et la vie de Bohême ont fait beaucoup de dégâts.

Dans ces mythes, ces fables, l’artiste est déconnecté de l’humain, de l’humain qui vit dans la société, avec ses besoins et ses dépendances matérielles.

L’artiste est un citoyen parmi les autres, et comme eux, il est soumis aux mêmes lois, au même fardeau fiscal et aux mêmes besoins fondamentaux.

Gratuit est un mot inexact, car il ne définit pas la situation avec exactitude.

Gratuit, oui, c’est ainsi que nous travaillons la plupart du temps.

Notre travail, dans le cas des artistes plasticiens, n’est rémunéré que par la vente de nos œuvres. Aucune des heures, journées, mois, années précédentes que nous avons investies dans notre apprentissage, dans le développement de notre technique, dans nos travaux ne comptent, pas plus que les expositions, salons, festivals… pour lesquels la participation n’est possible qu’à coup de chéquier.

Sans vente, il n’y a pas de recettes. 

 Notre situation est précaire au quotidien, comme pour beaucoup d’autres secteurs, ce n’est pas une plainte, c’est une réalité.

Tout le monde désire un accès à la culture gratuit, ouvert à tous. Mais qui paye les artistes? de quoi vivons-nous?

Cette crise sanitaire nous laisse dans une situation d’alerte vitale, au-delà de la précarité.

Il est temps de repenser la place de l’art et des artistes, tout comme il est temps de commencer à repenser le système de vie que nous avons inventé où on ne prête attention qu’au nombril de nos nombrils.

 

No Comments

Post A Comment